Cimetière Américain : les neuf mille deux cents - Colleville-sur-Mer
Le soleil ne devrait pas briller aussi fort sur un tel lieu. Et pourtant il brille, et cette lumière généreuse, presque estivale, qui fait étinceler le blanc des croix sur le vert intense de la pelouse, produit un effet que nulle autre lumière n'aurait pu produire : elle rend le deuil supportable. Elle dit que la beauté et la mort ne sont pas ennemies. Les croix s'alignent. C'est le premier constat, le plus simple, et le plus dévastateur. Elles s'alignent en rangées parfaites, avec cette rigueur militaire qui fut celle de ces hommes de leur vivant et qui est devenue, après leur mort, la seule façon de rendre compte de leur nombre. Car c'est le nombre qui saisit à la gorge. Une croix blanche, on la regarde. Deux, on les compare. Dix, on commence à compter. Mais au-delà - lorsque les rangées se multiplient jusqu'au fond de l'image, lorsqu'elles se réduisent à de minces lignes blanches qui se perdent dans la verdure des arbres à l'horizon - le regard ca...