Clocher Saint-Sauveur - Hérisson - Allier Bourbonnais
Il fallait trouver ce point de vue-là. Ce n'est pas un regard de touriste pressé ni d'architecte méthodique, c'est l'œil d'un flâneur qui s'est glissé entre deux pans de muraille en ruine, qui a posé ses mains sur la pierre rugueuse et dorée, et qui a levé la tête au bon moment.
Les deux masses rocheuses qui encadrent l'image, fragmentées, poreuses, d'un ocre chaud troué de taches rousses comme une vieille carte de géographie, fonctionnent comme un théâtre improvisé. Elles ne sont pas des obstacles : elles sont des coulisses. Entre elles s'ouvre une fenêtre sur le village, et dans ce cadre fortuit, le clocher de Saint-Sauveur se dresse avec une élégance toute provinciale, sa flèche d'ardoise pointant vers un ciel de début de printemps avec la conviction tranquille de qui s'est acquitté de cette tâche depuis des siècles.
La tour-clocher, massive et trapue dans sa partie basse, mêle la pierre volcanique sombre aux briques rouges dans un mariage de matériaux qui dit l'accumulation du temps, les réparations successives, la longue vie d'un monument que chaque génération a rafistolé à sa façon. La petite horloge ronde, enchâssée dans la façade comme un œil vigilant, mesure des heures que personne ici ne semble pressé d'écouler.
Derrière, les arbres de l'Allier printannier explosent en mille nuances de vert tendre, ce vert hésitant et lumineux des premières feuilles qui n'ont pas encore décidé d'être tout à fait vertes, et les collines boisées roulent doucement vers l'horizon sous un ciel où quelques nuages blancs s'étirent sans conviction.
Tout en bas, les toits de tuiles brunes s'enchevêtrent dans ce désordre charmant qui est la signature des bourgs médiévaux : chaque maison a poussé là où il y avait de la place, et l'ensemble forme une sorte de puzzle organique que seul le clocher domine, arbitre impassible de cette anarchie harmonieuse.
C'est une image du temps long. Une image qui sent la pierre chaude, l'herbe mouillée, et ce silence particulier des petites cités de France en milieu de matinée, quand tout le monde vaque et que personne ne regarde le clocher, sauf l'étranger de passage, qui lui, ne peut pas s'en détacher.
