Abbaye de Noirlac : la grammaire du silence - Cher
On n'entre pas dans ce cloître. On y est aspiré. La perspective fuit vers la droite avec une rigueur presque mathématique, et pourtant rien ici n'est froid ni calculé. Tout respire, tout vibre sous la caresse d'une lumière oblique qui traverse les arcades comme une pensée traverse un esprit contemplatif : lentement, dorément, en laissant des traces. Les colonnes géminées se répètent en une litanie de pierre, diminuant vers un point de fuite que l'œil n'atteint jamais tout à fait, comme ces vérités mystiques que les moines cisterciens poursuivaient sans espoir de les saisir entièrement. Les voûtes d'ogives, nervurées, précises, tendues comme des mains jointes en prière, découpent l'espace en une succession de berceaux dorés. L'art gothique dans sa première pureté : aucun ornement superflu, aucune fioriture qui trahirait la vanité. Juste la géométrie nue du sacré. Les oculi, ces rosaces circulaires percées au-dessus des arcades, laissent entrer des taches ...