Puy Mary : la croix et la rose - Cantal - Auvergne

À 1 787 mètres, le vent ne fait pas de cadeaux. Et pourtant, quelqu'un a posé une rose.

C'est ce détail qui arrête tout, cette petite fleur pâle, rose et crème, nichée dans les volutes de fer forgé de la croix sommitale comme si elle y avait toujours été, comme si le métal lui-même l'avait fait éclore. Autour d'elle, les arabesques du ferronnier - boucles, spirales, feuilles stylisées - déploient un luxe ornemental presque incongru à cette altitude, presque insolent face à la brutalité minérale du sommet. Quelqu'un, jadis, a voulu que la croix du Puy Mary soit belle. Pas seulement présente, belle.

Sur la traverse horizontale, les mots gravés dans le fer : "Souvenir" à gauche, et à droite une date partiellement lisible : "1918",  qui change soudainement la nature de l'image. Ce n'est plus seulement une croix de sommet. C'est une croix de deuil, hissée ici après l'hécatombe, dans ce geste immémorial qui consiste à porter sa peine là où le ciel est le plus proche. La rose fraîche que quelqu'un y a déposée - ce matin, ou hier, ou la semaine dernière - dit que la mémoire n'est pas morte avec les témoins.

Derrière, les Monts du Cantal se déroulent en vagues successives d'un vert profond et souverain. C'est le paysage des anciens volcans apaisés, dont les flancs adoucis par les millénaires portent des estives grasses où sonne, quelque part hors-cadre, le bourdon des clarines. Les crêtes se superposent jusqu'à l'horizon dans des bleus de plus en plus pâles, cette perspective atmosphérique qui donne le vertige doux de la vastitude.

Le ciel est celui des jours de grande clarté en altitude : cumulonimbus d'un blanc lumineux sur fond de bleu céruléen légèrement voilé, nuages-cathédrales qui voyagent lentement, indifférents aux frontières et aux siècles. En bas, la rambarde rouillée délimite le bord du monde accessible, au-delà duquel les pierres volcaniques tombent vers les vallées.

Il y a dans cette image une tension entre la légèreté du style - ce graphisme vintage, ces couleurs chaudes, cette composition touristique - et le poids de ce qu'elle contient réellement : le deuil, la mémoire, la petitesse de l'homme face au volcan endormi, et cette rose impossible, têtue, périssable, qui résume à elle seule tout ce que les vivants doivent aux morts.

Auvergne, dit le bas de l'affiche. Un mot qui a le goût de la pierre et du vent.



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