Puy de Dôme : le géant endormi - Auvergne

Il est là depuis dix mille ans, et il sera encore là dans dix mille ans. C'est la première pensée qu'impose cette image, une pensée d'une humilité tranquille, presque apaisante.

Le Puy de Dôme se dresse au centre de la composition avec la sérénité particulière des choses très anciennes qui n'ont plus rien à prouver. Sa silhouette est immédiatement reconnaissable entre toutes : ce dôme parfait, cette calotte arrondie qui trahit l'origine plutonienne de la roche, cette géométrie douce et souveraine que n'interrompt aucune arête vive. Les volcans de la chaîne des Puys ne sont pas des montagnes qui menacent, ce sont des montagnes qui méditent. Éteints depuis des millénaires, ils portent leur ancienne violence comme un vieux guerrier porte ses cicatrices : avec indifférence et dignité.

Au sommet, presque imperceptible à cette distance, la silhouette de l'antenne de télédiffusion et du bâtiment de météorologie, minuscules, dérisoires, touchants dans leur obstination humaine à occuper les hauteurs. Pascal y fit monter un baromètre au XVIIᵉ siècle pour mesurer la pression atmosphérique et prouver que l'air avait du poids. Les hommes ne cessent de grimper là-haut pour prendre la mesure de l'air, du vent ou d'eux-mêmes.

La forêt qui habille les flancs intermédiaires est dans toute la splendeur du printemps avancé. Les feuillus - hêtres, bouleaux, érables - explosent dans mille nuances de vert que l'illustration restitue avec une générosité presque excessive : vert acide des jeunes pousses, vert sombre des sapins qui percent çà et là comme des points d'exclamation sombres dans cette symphonie claire. C'est la forêt auvergnate dans son plus bel habit, celui qu'elle ne porte que quelques semaines entre l'hiver austère et l'été qui assombrit les feuilles.

Au premier plan, les roches volcaniques - basalte et trachyte polis par les siècles - s'étalent avec la nonchalance des géologies affichées. Couvertes de lichens crème et dorés, striées par les eaux de pluie, elles sont le socle visible de tout ce paysage, le rappel que sous la forêt, sous l'herbe des estives, sous les villages et les routes, il y a la roche noire du magma refroidi. La mémoire du feu.
Le ciel d'Auvergne, lui, joue son rôle habituel de scène mobile : cumulus d'un blanc immaculé sur azur franc, ce ciel de plateau qui change d'humeur toutes les heures et que les anciens lisaient comme un livre pour prévoir le temps.

Il y a dans cette image une architecture temporelle vertigineuse - des roches vieilles de millions d'années, une forêt de quelques siècles, une antenne de quelques décennies - et l'affiche les superpose sans hiérarchie apparente, laissant à celle ou celui qui la regarde, le soin de les réconcilier.

Auvergne. Encore ce mot seul, en bas, sur fond bleu. Une litanie, presque. Une façon de dire que certains paysages n'ont pas besoin d'explications... seulement d'un nom.



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