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DERNIÈRE PARUTION

Puy Mary : la croix et la rose - Cantal - Auvergne

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À 1 787 mètres, le vent ne fait pas de cadeaux. Et pourtant, quelqu'un a posé une rose. C'est ce détail qui arrête tout, cette petite fleur pâle, rose et crème, nichée dans les volutes de fer forgé de la croix sommitale comme si elle y avait toujours été, comme si le métal lui-même l'avait fait éclore. Autour d'elle, les arabesques du ferronnier - boucles, spirales, feuilles stylisées - déploient un luxe ornemental presque incongru à cette altitude, presque insolent face à la brutalité minérale du sommet. Quelqu'un, jadis, a voulu que la croix du Puy Mary soit belle. Pas seulement présente, belle. Sur la traverse horizontale, les mots gravés dans le fer : "Souvenir" à gauche, et à droite une date partiellement lisible : "1918",  qui change soudainement la nature de l'image. Ce n'est plus seulement une croix de sommet. C'est une croix de deuil, hissée ici après l'hécatombe, dans ce geste immémorial qui consiste à porter sa peine là...

Aubrac - Aveyron - Occitanie

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Il fallait une certaine audace - ou une certaine sagesse - pour choisir ceci comme emblème d'une région. Non pas un château, non pas une cascade, non pas un panorama de carte postale. Des poteaux de clôture. De vieux poteaux de bois blanchi, fendus, couverts de lichen, légèrement penchés sous le poids des hivers accumulés, retenus par quatre fils de fer barbelé qui s'étirent vers l'horizon comme des portées musicales sans notes. Et pourtant. L'évidence s'impose immédiatement : il n'y avait que cela à montrer. Ces poteaux disent tout de l'Aubrac. Il disent le vent, ce vent qui ne s'arrête jamais là-haut, qui use les bois, blanchit les pierres, plie les herbes rases dans un sens puis dans l'autre. Il disent la durée, celle têtue et anonyme du travail paysan répété de génération en génération sur ces froides estives. Le lichen qui les enveloppe comme une fourrure végétale est lui-même un traité de patience : il lui a fallu des décennies pour coloniser c...

Royan : l'heure jaune - Charente-Maritime - Nouvelle-Aquitaine

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C'est l'heure où le sable garde encore la fraîcheur du matin mais où le soleil a déjà gagné son procès contre les nuages. L'heure où l'on s'installe. Le parasol rayé jaune et blanc, généreux, frangé, presque théâtral dans sa rondeur, règne sur le premier plan avec l'autorité bon enfant d'un propriétaire de plage qui sait que l'été lui appartient. Ses rayures alternées chantent sous la lumière atlantique avec une franchise qui n'appartient qu'aux couleurs d'été : ce jaune-là n'est pas la timide nuance des aquarelles du dimanche, c'est le jaune plein, affirmé, presque comestible des citrouilles et des tournesols. En dessous, deux transats attendent, vides et disponibles, leur matelas jaune assorti offert comme une invitation sans équivoque à l'abandon du monde vertical. Puis le regard glisse vers le large. La plage s'étire en un arc doux et généreux, la "grande plage", comme son nom l'annonce sans fausse modestie. ...

Clocher Saint-Sauveur - Hérisson - Allier Bourbonnais

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Il fallait trouver ce point de vue-là. Ce n'est pas un regard de touriste pressé ni d'architecte méthodique, c'est l'œil d'un flâneur qui s'est glissé entre deux pans de muraille en ruine, qui a posé ses mains sur la pierre rugueuse et dorée, et qui a levé la tête au bon moment. Les deux masses rocheuses qui encadrent l'image, fragmentées, poreuses, d'un ocre chaud troué de taches rousses comme une vieille carte de géographie, fonctionnent comme un théâtre improvisé. Elles ne sont pas des obstacles : elles sont des coulisses. Entre elles s'ouvre une fenêtre sur le village, et dans ce cadre fortuit, le clocher de Saint-Sauveur se dresse avec une élégance toute provinciale, sa flèche d'ardoise pointant vers un ciel de début de printemps avec la conviction tranquille de qui s'est acquitté de cette tâche depuis des siècles. La tour-clocher, massive et trapue dans sa partie basse, mêle la pierre volcanique sombre aux briques rouges dans un mariage...

Abbaye de Noirlac : la grammaire du silence - Cher

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On n'entre pas dans ce cloître. On y est aspiré. La perspective fuit vers la droite avec une rigueur presque mathématique, et pourtant rien ici n'est froid ni calculé. Tout respire, tout vibre sous la caresse d'une lumière oblique qui traverse les arcades comme une pensée traverse un esprit contemplatif : lentement, dorément, en laissant des traces. Les colonnes géminées se répètent en une litanie de pierre, diminuant vers un point de fuite que l'œil n'atteint jamais tout à fait, comme ces vérités mystiques que les moines cisterciens poursuivaient sans espoir de les saisir entièrement. Les voûtes d'ogives, nervurées, précises, tendues comme des mains jointes en prière, découpent l'espace en une succession de berceaux dorés. L'art gothique dans sa première pureté : aucun ornement superflu, aucune fioriture qui trahirait la vanité. Juste la géométrie nue du sacré. Les oculi, ces rosaces circulaires percées au-dessus des arcades, laissent entrer des taches ...