Aubrac - Aveyron - Occitanie
Il fallait une certaine audace - ou une certaine sagesse - pour choisir ceci comme emblème d'une région. Non pas un château, non pas une cascade, non pas un panorama de carte postale. Des poteaux de clôture. De vieux poteaux de bois blanchi, fendus, couverts de lichen, légèrement penchés sous le poids des hivers accumulés, retenus par quatre fils de fer barbelé qui s'étirent vers l'horizon comme des portées musicales sans notes.
Et pourtant. L'évidence s'impose immédiatement : il n'y avait que cela à montrer.
Ces poteaux disent tout de l'Aubrac. Il disent le vent, ce vent qui ne s'arrête jamais là-haut, qui use les bois, blanchit les pierres, plie les herbes rases dans un sens puis dans l'autre. Il disent la durée, celle têtue et anonyme du travail paysan répété de génération en génération sur ces froides estives. Le lichen qui les enveloppe comme une fourrure végétale est lui-même un traité de patience : il lui a fallu des décennies pour coloniser ce bois mort avec une telle discrétion.
Derrière, le plateau se déploie dans sa vastitude caractéristique, herbes dorées, rousses, ocres, d'un jaune de paille séchée que le soleil transforme en lumière solide. L'Aubrac n'est pas un paysage qui cherche à séduire. Il s'offre sans coquetterie, dans sa nudité aux allures de Mongolie, et c'est précisément cette franchise qui bouleverse ceux qui le traversent à pied, lentement, par les chemins de Compostelle ou simplement par caprice et solitude choisie.
Quelques bouquets d'arbres à l'horizon et cette ferme blanche, à peine discernable dans la brume dorée du lointain, totalement isolée. Elle nous rappelle qu'ici, en terre d'Aubrac, la présence humaine est réduite à sa plus simple expression dans l'immensité du plateau. Le ciel, lui, est d'une générosité presque ostentatoire : cumulonimbus d'été, blancs et ventrus, sur un fond bleu franc que l'altitude seule peut produire.
Les cailloux au premier plan, schistes et basaltes dispersés avec le naturel de ce qui n'a jamais été arrangé, rappellent que cette terre est vieille de millions d'années, que les troupeaux d'Aubrac l'ont piétinée depuis des temps immémoriaux, et que ces poteaux vermoulus ne sont, dans cette perspective géologique, qu'un événement d'avant-hier.
C'est une affiche de voyage qui ne promet pas le repos, ni la douceur, ni l'exotisme. Elle promet autre chose, plus rare : l'espace. L'air. Le sentiment vertigineux et bienfaisant d'être petit sous un grand ciel.
Aveyron. Un seul mot, en bas d'affiche, comme une signature fière et sobre.
