Les gabares du canal de Berry : Un patrimoine unique
Quand le chemin de fer et le fret routier ont tué la lenteur, le canal de Berry est devenu un musée à ciel ouvert. Pourtant, dans les années 1920-1950, ces péniches trapues baptisées "gabares" constituaient les artères vitales du Bourbonnais et du sud Berry. La "Frene", amarrée ici à Saint-Victor, près de Montluçon, transportait jadis le charbon de Commentry, la fonte des forges, les céramiques, le bois des bocages.
Les mariniers formaient une communauté à part, vivant sur l'eau avec femmes et enfants. Les gosses apprenaient à lire dans les écoles de halte, changeant de classe à chaque écluse. On reconnaissait les familles de gabariers à leur langage particulier, mélange de patois berrichon et de termes techniques incompréhensibles aux terriens.
Le travail était rude. Avant la motorisation, il fallait parfois haler les péniches à la force des bras ou avec des chevaux de trait qui suivaient le chemin de halage. Une journée pour parcourir vingt kilomètres, en franchissant écluse après écluse, négociant avec les éclusiers, s'arrêtant dans les bistrots des villages-canaux où l'on servait une friture et un coup de blanc.
Aujourd'hui, le canal de Berry est officiellement fermé à la navigation commerciale depuis 1955. Les gabares ont été vendues pour une bouchée de pain, transformées en péniches d'habitation ou abandonnées à leur sort dans des cimetières fluviaux. Mais certaines, restaurées par des passionnés, s'exposent encore sur ces eaux tranquilles, fantômes colorés d'une France qui prenait son temps.
